DES PROGRÈS DANS LA LUTTE CONTRE LE RACISME, MAIS OÙ EN EST LA DIVISION “RACIALE” DU TRAVAIL ?

Les inégalités d’accès à l’emploi révèlent une répartition du travail encore marquée par l’origine et le lieu de vie.
Paru le 27 February 2026

Le mois de février est le “Black History Month”, l’occasion de rappeler l’histoire des peuples noirs, des violences coloniales et des migrations forcées.
Par extension, c’est aussi l’occasion de se pencher sur les réalités vécues par l’ensemble des personnes non-blanches.
La performance de l’artiste Porto Ricain Bad Bunny à la mi-temps du SuperBowl, par exemple, a permis de montrer au monde entier une image positive des immigré·es.
Le message ? Nous sommes des travailleur·euses immigré·es, pas des fauteurs de trouble.

Mais ce que cette performance a également mis en avant, c’est la division “raciale” du travail en Occident. Et la France ne fait pas exception, bien que l'ampleur réelle du phénomène demeure difficile à mesurer (interdiction des statistiques ethniques).

Qu’est-ce que la division “raciale” du travail ?

Cette notion est souvent abordée au regard du secteur du cinéma et du théâtre. Dans leur ouvrage “La couleur des rôles - Enquête sur la division raciale du travail actorial”, les auteurs Maxime Cervulle et Sarah Lécossais constatent l’absence de diversité à l’écran et sur les planches et déplorent que les rôles proposées aux personnes racisées soient ceux de dealer de cité ou d’éboueur plutôt que ceux de médecin ou d’avocat par exemple.

Et ce constat s'élargit à la société dans son ensemble : le monde professionnel attribue des rôles aux individus (des métiers ou des positions hiérarchiques), et la répartition se fait souvent le reflet de la couleur de peau et la prétendue race ou l’ethnie présumée.

Les étrangèr·es primo-arrivant·es, particulièrement exposé·es à la division raciale du travail

Les étrangèr·es primo-arrivant·es (EPA) sont particulièrement exposé·es aux discriminations dans l’accès à l’emploi et cumulent les critères : appartenance présumée à une ethnie ou à une prétendue “race”, religion, mais aussi âge, genre, domiciliation bancaire, lieu d'habitation, …

Ainsi, aux Etats-Unis, on constate que les Afro-Américains sont deux fois plus susceptibles d'être au chômage et gagnent près de 25% de moins que les Blancs (source : Innovations for Poverty Action).
En France, le constat est similaire : le taux de chômage des immigrés atteint 11,2%, presque le double de celui des personnes nées en France sans ascendance migratoire (source : Observatoire des inégalités).

 

La division “raciale”, division “spatiale”, … et reproduction des inégalités

Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont ceux qui comptent le plus de pauvreté, de chômage ou d’inactivité professionnelle, et également ceux où la population immigrée est la plus concentrée.

Une étude de Compas Zoom pour AGIR s’est intéressée à la part des livreurs résidant dans un QPV parmi les travailleurs des plateformes numériques (telles qu’Uber, Deliveroo, …).
En 2022, ils sont 5 fois plus nombreux que leurs homologues ne résidant pas en QPV (source : Centre de ressources politique de la ville de la Région Hauts-de-France). Entre 2019 et 2022, le nombre d’actifs issus des QPV travaillant comme livreurs pour ces plateformes s'est multiplié par 7, les amenant à être 4 fois plus nombreux que dans la population générale.
Le film L’Histoire de Souleymane, sorti en 2024, a mis en lumière les réalités auxquelles sont confrontés ces travailleur.euses qui arpentent continuellement nos rues, sans qu’on les voit vraiment.


A Bordeaux, la Maison des Livreurs accueille et accompagne les livreurs des plateformes numériques de livraison. L'objectif est de faire valoir les droits de ces travailleurs en situation de précarité, pour la plupart issus de l’immigration, et souvent sans papier.

Malgré tout, la division spatiale des travailleur·euses immigré·es, regroupé·es dans les mêmes quartiers, persiste dans le temps.
En effet, il est de plus en plus difficile, en France, de s'extraire de la pauvreté par l'ascenseur social. Dans son rapport d’octobre 2025 “Égalité des chances : mythe ou réalité ? Rapport annuel sur l’état de la France 2025”, la Commission Économie et Finances reconnaît qu’il faut en moyenne 6 générations pour accéder à la classe moyenne quand on est issu de la classe populaire.

 

Une réalité mais pas une fatalité ?

En effet l’ordre social n’est pas naturel : il est la somme de choix politiques effectués sur des critères socio-économiques et éthiques dans une société donnée.

C’est ce qu’explique le philosophe Mikhaïl Bakhtine à travers l’exemple du bouleversement provisoire des rôles sociaux pendant le Carnaval de Rio. Il constitue un temps suspendu où les hiérarchies sociales sont inversées, permettant ainsi aux dominés de se moquer des puissants (source : Le Carnaval de Rio de Janeiro en 10 points sociologiques).

Dans d’autres pays multiculturels, comme Cuba, la répartition du travail se base avant tout sur les compétences des individus et les besoins de la population, confrontés à une grave crise qui ne cesse de s‘aggraver. Des politiques sociales universelles visent à favoriser l’équité et l’intégration sociale, et de combattre les inégalités à caractère racial (source : Radio Canada).

Ainsi, la division raciale et spatiale du travail n’est pas une fatalité et nous pouvons nous appuyer sur certains modèles existants pour continuer à progresser en matière d’égalité !